Aides, IT, Sécurité

Guide des Aides à la Cybersécurité pour les collectivités Territoriales

Introduction

En février 2026, face à la recrudescence des cybermenaces ciblant le secteur public, l’État français et les régions ont renforcé leur arsenal de soutien aux collectivités territoriales. Ci-dessous, sont listées les principaux dispositifs financiers et accompagnements disponibles pour sécuriser les systèmes d’information des communes, départements et régions, quelle que soit leur taille. 

L’objectif de ces aides est double : rendre la cybersécurité accessible financièrement et techniquement, et renforcer la résilience globale des services publics français. 

1. Principaux dispositifs d’aide

a. Parcours de cybersécurité de l’ANSSI

L’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) propose des parcours sur mesure financés partiellement par une enveloppe de 100 M€. Ces parcours s’adaptent au niveau de maturité de la collectivité (« fondation », « intermédiaire », « avancé », « renforcé ») et incluent diagnostics, accompagnement et subventions. Le co-financement est progressif sur trois ans. 

b. Appels à projets mutualisés

Dotés de 27 M€, ces appels ciblent les structures mutualisantes (syndicats mixtes, EPCI). Ils facilitent l’achat groupé de produits et licences ainsi que la création de centres de réponse aux incidents (CSIRT) régionaux, permettant aux collectivités membres de bénéficier de tarifs réduits. 

c. Financement France Relance et Plan Cyber 2026-2030

Le plan France Relance a mobilisé 136 M€ pour la sécurité des collectivités et hôpitaux. Le nouveau plan national 2026-2030 prolonge cet effort avec un guichet unique via cybermalveillance.gouv.fr et des parcours guidés post-incident. 

d. Aides Régionales et Locales

De nombreuses régions (Occitanie, Grand Est, Île-de-France, etc.) offrent des chèques numériques ou des subventions spécifiques pour soutenir la transformation numérique et la sécurité des collectivités et PME locales.

e. Accompagnement et sensibilisation

Cybermalveillance.gouv.fr fournit un accompagnement gratuit (parcours d’assistance, exercices de crise). L’ANSSI et les structures mutualisantes complètent cette offre par des formations et des simulations de phishing. 

f. Mutualisation et co-financement

Les petites communes bénéficient d’un accès privilégié via les structures de mutualisation. Un co-financement minimal de 30% est généralement requis pour financer des outils essentiels (anti-spam, gestionnaires de mots de passe, sauvegardes, authentification forte). 

2. Tableau Récapitulatif des Montants et Modalités

3. Exemples Concrets de Financements et Projets

Audit de sécurité et mise à niveau (Plan National)

Sur les 136 M€ du plan, 60 M€ sont fléchés spécifiquement pour les audits des collectivités territoriales. Ces audits sont pris en charge intégralement par l’ANSSI. Suite au diagnostic, des travaux de mise à niveau sont subventionnés via des montants forfaitaires adaptés à la taille de la structure. 

Solution Pack Sécurité pour les petites communes

Un appel à projets finance l’équipement de base (anti-spam, gestionnaire de mots de passe, sauvegarde, etc.) à hauteur de 0,22 € par habitant (plafond de 11 000 € par projet). Le financement est conditionné à un portage par une structure mutualisante et un co-financement de 30%.

Parcours de cybersécurité personnalisé

L’ANSSI déploie des prestataires agréés directement au sein des collectivités pour un accompagnement sur mesure. Ce dispositif inclut non seulement la sécurisation technique mais aussi des actions humaines comme des simulations de phishing pour sensibiliser les agents. 

Création de CSIRT Régionaux

Sept centres de réponse aux incidents (CSIRT) ont été opérationnalisés (Corse, Bourgogne-Franche-Comté, Île-de-France, etc.). Ils agissent comme des « pompiers du numérique » locaux, relayant les alertes de l’ANSSI et intervenant rapidement en cas d’attaque. 

Projets mutualisés à Subvention Dégressive

Les syndicats mixtes peuvent obtenir des subventions très incitatives pour des projets groupés : jusqu’à 80% la première année, puis 50% et 20% les années suivantes, favorisant l’amorçage de projets structurants à moindre coût pour les adhérents. 

4. Procédures de Candidature 

a. Dispositif « Acquisition de produits et services mutualisés » (France Relance)

  • Cible : Structures mutualisantes (Syndicats mixtes, Centres de gestion, etc.).
  • Procédure : Dépôt de dossier sur Démarches Simplifiées.
  • Pièces requises : Liste des collectivités bénéficiaires (SIRET), description détaillée du projet, budget prévisionnel, devis.
  • Conditions : Plafond de 11 000 €/projet, co-financement min. 30%.

b. Parcours de Cybersécurité de l’ANSSI

  • Cible : Toutes collectivités territoriales.
  • Procédure : Contacter directement l’ANSSI ou le délégué régional à la sécurité numérique.
  • Déroulé : Un prestataire agréé réalise un diagnostic initial puis propose un plan d’action co-financé.

c. Appels à Projets Régionaux

  • Cible : Collectivités locales selon la région.
  • Procédure : Se rapprocher des services du Conseil Régional ou des agences de développement numérique locales pour les dispositifs spécifiques (chèques numériques, etc.).

5. Retours d’expérience

  • Syndicats Mixtes (Bourgogne-Franche-Comté & Île-de-France) : Déploiement réussi de solutions d’authentification forte et de sauvegarde sécurisée pour l’ensemble des communes membres, réduisant drastiquement l’exposition au phishing et aux ransomwares. 
  • Centres de Gestion Départementaux : Utilisation des subventions pour la formation massive des agents et l’équipement des petites mairies en gestionnaires de mots de passe. Coût résiduel quasi-nul pour les communes. 
  • Métropoles (Smart City) : Financement à 50% par l’État de projets R&D innovants pour la détection d’intrusions sur les infrastructures connectées urbaines. 

6. Points de vigilance

Pour garantir l’éligibilité et le succès des demandes, il est impératif de respecter les points suivants : 

  • Portage mutualisé obligatoire : Pour les petites communes, les projets doivent être portés par une structure supra-communale (EPCI, Syndicat, GIP). 
  • Co-financement : Un reste à charge minimal (souvent 30%) est toujours exigé pour impliquer la collectivité. 
  • Pérennité : Les solutions financées ne doivent pas être des « one-shot » mais s’intégrer dans une stratégie de sécurité durable. 

7. Contacts utiles

  • ANSSI : Site officiel (ssi.gouv.fr) et réseau des délégués régionaux. 
  • Cybermalveillance.gouv.fr : Plateforme d’assistance, kits de sensibilisation et mise en relation avec des prestataires.
  • Démarches Simplifiées : Plateforme unique pour le dépôt des dossiers de demande d’aide (demarches-simplifiees.fr). 

Conclusion

Les dispositifs mis en place pour 2026-2030 offrent une opportunité inédite pour les collectivités territoriales de rattraper leur retard technologique en matière de cybersécurité. En privilégiant la mutualisation et l’accompagnement progressif, l’État et les Régions permettent même aux plus petites structures de se protéger efficacement contre une menace cyber de plus en plus prégnante. Il appartient désormais aux décideurs locaux de se saisir de ces leviers financiers pour sécuriser durablement le service public.